Voilà un projet qui a été plutôt long à murir. Pour monter au 2eme étage, nous avons réutilisé un escalier en bois qui était déjà dans la maison, mais pas à cet endroit. Il est plutôt raide, quelque part entre l’escalier et l’échelle de meunier. Il était donc primordial d’avoir une bonne rampe. Comme l’escalier est très massif et en bois, une rampe en bois aurait alourdi (au sens visuel) la chose, c’est pourquoi on a pensé au métal.
Vu qu’il était inimaginable de prendre un truc « standard et tout droit » l’idée folle a commencée à germer : la faire moi-même. Avec juste un petit hic, je n’ai ni le matos, ni l’atelier, ni (surtout) le savoir faire.
Je suis donc allé voir Emmanuel Fernex, un copain forgeron, pour lui demander s’il accepterait de m’aider à arriver au bout de ce projet. Visiblement encore plus fou que moi, il a accepté et je lui en suis éternellement reconnaissant ! C’est donc à quatre mains (et deux têtes) que nous avons conçu, forgé et monté cette belle rampe dont je suis aujourd’hui plus que fier. Voici quelques images et explications de cette très belle aventure.

On voulait quelque chose d’aspect végétal. J’ai fait un petit crobard que j’ai montré a Manu, puis à sa demande j’ai fait un plan à l’échelle 1 de l’escalier et de la trémie sur du grand papier kraft.
On y a redessiné la rampe à la craie, en changeant pas mal de chose. Le fait de voir en grand ça change beaucoup la perception de l’espace. Une fois qu’on était a peu près content du dessin on c’est lancé. La première journée c’est surtout Manu qui a bossé. Me montrant les gestes, les techniques et les postures. Bravo à lui pour sa patience et sa pédagogie, moi qui n’avais jamais fait ça, j’ai appris a me débrouiller (presque) rapidement grâce a ses conseils avisés.
Première chose :

Allumer et maintenir le feu de forge. Ça semble tout con, mais c’est un poil plus complexe que trois merguez sur un barbecue. Si tu oublie d’éteindre la soufflerie par exemple, tout le charbon se consume a la vitesse grand V.
Après avoir mesuré sur le plan avec un mètre souple, on coupait le barreau à la bonne taille avec un peu de rabio puis on forgeait l’extrémité. On a fait deux sortes d’extrémités. Soit en pointe (pas trop quand même) soit en boule.

Pour les pointes c’est au marteau-pilon que ça se passe essentiellement. J’ai adoré apprendre à utiliser cet outil hyper-impressionnant.

Une fois que la forme est faite au pilon, on adouci les angles au marteau. Là j’ai mis pas mal de temps a trouver le coup de main. Et mes épaules ont souffert au début….

Pour les bouts en boule, ça se fait au marteau, sur le coin de l’enclume. Ça n’a l’air de rien comme ça mais c’est un sacré boulot et du haut de mon inexpérience, j’y passe un bon bout de temps. Mais faut avouer que c’est assez plaisant a faire. Et heureusement Manu veille au grain pour me conseiller et me corriger.

Une fois l’extrémité terminé on passe aux courbures du barreau. Je n’ai pas pris de photo du coup j’ai fais un petit dessin.
Ça se fait a froid, sur un tas, en frappant entre deux axes. Petit à petit en faisant avancer le barreau, on arrive à la courbe souhaitée. Pour les petits barreaux, en diamètre 16 ou 18, ça peut se faire seul au marteau. Par contre pour les grands morceaux en diamètre 20 on les fait à deux : un qui tient et déplace le barreau (et réfléchit à la courbe)  et l’autre qui frappe comme une mule à la masse. Pour être franc j’ai perdu plus de calories que de neurones. Là encore, sans l’œil expert de Manu, je crois que j’y serais encore…. sur le tout premier barreau…. mort d’épuisement….

Mais, petit a petit, ça prend forme !

L’étape suivante était de tout recouper à la mesure parfaite et à l’angle, puis poser sur un grande table et souder.
La soudure c’était pour Manu. Je suis de loin pas encore assez bon pour faire ça de manière solide et sans y passer la semaine. Après avoir meulé les soudures, il ne restait plus qu’a transporter la bête chez nous et l’installer.

Wouéééééééééééééééé !

Maintenant on recommence tout le processus pour le garde-corps autour de la trémie….
Et hop !

Quelques photos supplémentaires des détails pour montrer qu’on s’est efforcé de varier les plaisirs….

Voilà, voilà. Je n’ai pas trop les mots pour dire à quel point cette aventure a été passionnante, intense,  formidable, épuisante, formatrice, enrichissante et j’en passe…. La forge est certainement un virus incurable car depuis, je n’ai qu’une hâte : m’y remettre !
De plus travailler avec un vrai pro, dans un vrai atelier pro ça m’a bien changé de mes bricolages en solo dans ma cave. Manu a été un formidable professeur et je suis encore aujourd’hui sidéré de la chance que j’ai eu de tomber sur quelqu’un qui m’a ouvert son atelier et accepté de partager une (petite) partie de son (grand) savoir faire avec une telle générosité ! N’hésitez pas a aller voir son travail sur son site :
http://forge-fernex.fr/

En cadeau bonus, une petite vidéo de votre serviteur utilisant (pour son plus grand plaisir) le pilon et de son téléphone qui essaye de se suicider en sautant de l’enclume sur laquelle il était posé :

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Afin de procéder au traitement thermique de mes lames de couteau je me suis construit une petite forge à gaz plus pratique que toute la mise en œuvre autour du barbecue (voir article ici).

DSCF7823Pour ce faire on a besoin de : un grosse boite de conserve, un bruleur de chalumeau, du mortier réfractaire et des équerres si on veut fixer la forge sur un socle.

DSCF7824On fixe les équerres avec des écrous. Et on perce la boite pour ficher le bruleur.

DSCF7825Après avoir protégé le bruleur avec du scotch, on peut couler le mortier réfractaire. Une fois qu’on a bien tapissé le fond (5cm environ) on met une bouteille plastique remplie d’eau pour réserver le foyer et on coule sur les bords. On laisse sécher une bonne semaine, puis on enlève la bouteille (ne pas hésiter à l’attaquer au cutter) et on re-laisse sécher encore une bonne dizaine de jours.

DSCF8131L’heure de la première chauffe a sonné. Après avoir retiré le scotch du bruleur et enfiché le chalumeau il n’y a plus qu’à allumer. Attention au retour de flamme ! Il vaut mieux utiliser une longue allumette ou un pic en bois de brochette. Bien entendu de bons gants en cuir et des lunettes de protection ne sont pas du luxe.

DSCF8133Et la flamme fut !
Comme mon foyer est un peut grand la flamme avait tendance à se disperser un peu. J’ai donc rajouté un bout de carrelage et maintenant ça marche parfaitement.
Si c’était à refaire, je placerais juste le bruleur plus prêt de l’entrée afin de pouvoir chauffer intégralement des pièces un peu plus longues.

forge1Ceux qui me suivent sur facebook, savent que je travaille à la réalisation d’un couteau. Nous reviendrons plus tard sur les détails cette fabrication pour nous concentrer aujourd’hui sur le foyer de forge et ses utilisations.
Pour ce premier couteau, je ne forge pas le métal, je n’ai pour l’instant ni le savoir faire ni le matériel (enclume etc…) et pourtant je vais quand même avoir besoin du feu pour les traitements thermiques de l’acier.

Après avoir lu tout un tas de choses, je vais essayer d’être le plus claire possible quitte à faire quelques approximations.  Pour des information plus précises, voir les liens en fin d’articles et rendez-vous sur google, wikipedia etc…

J’ai découpé ma lame dans un morceau d’acier de récupération dont je ne sais absolument rien. Je vais donc lui appliquer 4 traitements thermiques avec des températures « au jugé ».

1) la normalisation : comme je ne sais rien ce ce bout de métal, je pars sur le principe qu’il a peut-être été chauffé, tordu, frappé, martyrisé dans son enfance.  Afin d’effacer de sa mémoire atomique tous ces traumatismes, je le chauffe au rouge et je le refroidis à l’air ambiant.

2) le recuit (ou détrempe) :  En essayant de le limer je me suis rendu compte que cet acier est très dur donc, sans doute, trempé. Pour le rendre plus « mou » et facile à travailler, il faut le chauffer au rouge et faire en sorte qu’il refroidisse le plus doucement possible. Pour ma part je l’ai plongé dans un sceau remplis de chaux. On peut aussi utiliser d’autre matériaux isolants comme du sable (parfaitement sec) ou (c’est le top) de la pouzzolane. On laisse refroidir tout doucement jusqu’au lendemain.

3) la trempe : Après avoir mis en forme la lame on va lui (re)donner sa dureté grâce à l’opération la plus connue : la trempe. Pour cela on chauffe au rouge cerise (pour vérifier que la température est la bonne on peut approcher un aimant : il ne doit plus coller) puis directement tremper le métal dans un bain d’huile végétale. Il ne faut pas perdre de temps entre la sortie du foyer et la tempe sinon les parties fines auront le temps de refroidir et ne seront pas trempées. Il est conseillé de chauffer un peu l’huile pour éviter un trop gros choc au métal. Pour ça, j’ai fais chauffer un gros galet que j’ai plongé dedans. A moment de la trempe, l’huile prend souvent feu en surface. Rien de grave ça s’éteint normalement tout seul. Néanmoins il vaut mieux toujours utiliser une bonne quantité d’huile (5/6 litres pour des objets de petite taille), la mettre dans un récipient en métal (j’ai pris un pot de peinture) et avoir un couvercle à portée de main pour étouffer le feu si nécessaire. Rappel important : ne JAMAIS essayer d’éteindre de l’huile en feu avec de l’eau.

4) le revenu : il permet de réduire les tensions internes dues au choc de la tempe et solidifier ainsi le métal. Pour ce traitement plus de feu : une heure à 250° dans le four de cuisine.

forge2Au niveau du matériel nécessaire,  rien de bien sorcier. Un bac d’huile (nous l’avons vus), des pinces pour manipuler le métal chaud (il vaut mieux en avoir avec des manches assez long), et les protections de rigueur : gants de cuir, lunettes, vêtement épais en coton (ou, mieux, un tablier de cuir). Et puis il faut le fameux foyer de forge.

Il en existe qui chauffent à toute sorte de combustible : gaz, électricité, charbon… Leur point commun : un prix incroyablement élevé même pour du matériel  semi-pro. Alors, comme d’habitude, on s’arrange avec les moyens du bord. Pour ce premier essai j’ai voulu faire simple : des morceau de dalles de terre cuite pour réduire le foyer, un fond (en terre cuite aussi) pour protéger la fonte du barbecue de la chaleur extrême, et du charbon de bois.

Mais qui a déjà cuit ses merguez sur un feu sait qu’on n’atteint (heureusement)  pas les 800° nécessaires avec du charbon. Pourquoi ? Parce qu’on manque de comburant ! L’air ! Pour monter en température il faut pulser de l’air au cœur du foyer.  On a tous en tête l’image de la forge du moyen-age avec l’énorme soufflet.  Pour insuffler de l’air à mon feu j’ai tout bêtement utilisé un sèche cheveux fixé au bout d’un long tuyaux métallique (pour le protéger de la chaleur). Au niveau de la jonction sèche-cheveux / tuyau, j’ai étanchéifié avec du scotch. J’ai également écrasé (à la masse) le bout du tuyau pour concentrer le flux d’air.forge4

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On allume comme un feu standard (papier journal) et dès que ça commence à prendre on peut lancer la soufflerie. Il faut y aller petit à petit si on ne veut pas se retrouver sous un nuage d’escarbilles. Une fois la chauffe lancé ça va aller vite ! Il ne faut pas perdre de temps si on ne compte pas vider 3 sacs de charbon. A titre d’exemple, pour tremper ma lame, j’ai utilisé environ 2 à 4 kg de charbon de bois (ce que j’utilise normalement pour un bon barbeuk’ pour 4/5 personnes)  et tout c’est fait en moins de 10min… Après : plus assez de chaleur.
Bien évidement feu + vitesse = risques. Il faut donc être très prudent, travailler dans un endroit bien dégagé, avoir bien tous ses outils à portée de main, et de l’eau (ou un extincteur) en cas de problème. Personnellement, avant d’allumer le feu pour la première fois j’ai fais un « répétition générale » pour évaluer si tout était à la bonne place pour travailler vite et bien et vérifier qu’il ne me manquait rien.

L’évaluation visuelle du rouge de la lame doit se faire avec pas trop de lumière donc le soir est le moment idéal. Et en plus, entre chien et loup, le magnifique spectacle des braises et la danse des escarbilles ravira toute la famille.

forge5
Pour aller plus loin quelques liens qui m’ont été bien utiles :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Traitement_thermique#En_m.C3.A9tallurgie
http://coustil.free.fr/forge_feu_fr.html
http://coustil.free.fr/forge_charb_fr.html
http://fabriquersoncout.11vm-serv.net/les_aciers.htm
http://fabriquersoncout.11vm-serv.net/forge.htm
http://fabriquersoncout.11vm-serv.net/Trempe%20de%20l%27acier.htm
http://tsaucray.free.fr/1%20metallurgie/17%20traitement%20thermiques/F24.htm
http://tsaucray.free.fr/1%20metallurgie/17%20traitement%20thermiques/F27.htm